Episode 10/ Où notre héros, qui reste dans la région, se sent muter.

Boudiou que le temps est long ces temps-ci, en plus avec le temps lourdingue qu’il fait, pourtant le temps c’est de l’argent mais ces derniers temps c’est la dèche, alors je passe le temps en bouquinant… Que je serais heureux quand l’arc “Convalescence” sera terminé et que je pourrais vaquer à de nouvelles occupations (comme la lecture par exemple)

C’est vrai qu’il y a du mieux, mais mollo Omar, je ne danse pas encore le madison. Certes je suis plus souple qu’à ma sortie de la clinique, je suis plus souvent debout qu’alité, et je reprends de bonnes douches qui font oublier la pénibilité de la toilette au gant façon 1952. Je me prendrais presque pour un dessinateur de timikeys, et devant vos regards hagards, je m’explique.

Mettons côte à côte un album de Spirou intitulé “Il y a un sorcier à champignac” (fig. A) et un autre intitulé “Panade à champignac” (fig. B). Même héros, même nom de village, et malgré vos yeux incrédules, même dessinateur ! Hé oui, en A comme en B, Maître Franquin à la barre ! Et l’exemple serait tout aussi probant avec du Gaston Lagaffe – du Franquin susnommé ! Ou d’autres dessinateurs, l’exercice fonctionnerait aussi avec Morris sur Lucky Luke, Peyo sur les Schtroumpfs, Hérgé sur Tintin (le coquin…), Maliki sur Maliki, et la liste est quasi sans fin. Le trait des auteurs évolue (Charles Xavier nous parlerait de mutation, nous ne le contredirons pas, il est trop dans son trip…)

Jack Kirby m’avait expliqué, lors d’une garden party à la Maison Blanche, que c’est visible sur les séries qui durent, et que c’est caractéristique d’un auteur qui s’approprie les personnages, un peu comme une vraie nature qui s’installe, un trait qui s’affirme, une certaine aisance qui se fait sentir. Comme ces gens qui mangent à un banquet, qui se servent quatre fois d’énormes plâtrées de choucroute, et qui finissent par ôter leur ceinture pour laisser s’exprimer leur véritable bidon. Jack alliant le geste à la parole, je suis parti pour ne pas voir son caleçon.

Un qui joue de ça, c’est Julien Neel, et je n’ai pas peur de dénoncer tant sa Lou est adorable. Je ne dis pas qu’il nous montre son caleçon, mais il nous propose une évolution, celle d’une petite fille/enfant/adolescente qui grandit sous nos yeux et dans nos mains, et le dernier tome paru Laser Ninja est splendide. Dans le dessin, la colorisation, la construction du (des) récit(s), les personnages… Perso un coup de cœur obèse, et je ne chante pas ses louanges simplement parce qu’il y est question de grossesse et de ressenti bizarre.

Contrairement aux vieux de la vieille cités quelques paragraphes au dessus, Julien Neel a choisi de faire vieillir ses protagonistes, et en cinq albums, Lou semble avoir pris plus de bouteille qu’un Capitaine Haddock sur la même quantité de pages. Le barbu alcolo ne changera jamais, nom d’un moule à pachyderme, il a été figé ainsi par son bourreau d’Hergé, là où Lou grandit. Elle semble vivante, elle !

Comme la tite graine que portait ma femme si courageuse (je suis allé me renseigner, j’ai vu quelques vidéos d’accouchements, holy crap ! Vous saviez que ça sortait comme ça, vous ?) et qui ressemble chaque jour de plus en plus à une crevette humanoïde. Le pire dans tout ça, c’est que votre serviteur aussi évolue, mais je risque de ne pas m’en rendre compte, tout absorbé que je serais à l’observer.

OjmR

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